Tussen Moedertaal en Vaderland – Célébrons la richesse linguistique en Belgique

Depuis 2000, le 21 février est la journée officielle de la langue maternelle. Bien qu’il faille encourager les structures (supra)étatiques à reconnaitre et à employer la langue maternelle de leurs citoyens, la mise en pratique d’un tel idéal n’est pas aisée. Ceci se reflète notamment dans l’histoire du droit et des institutions de notre pays, qui ne semble pas encore avoir trouvé la recette miracle.

Les langues sont l’instrument le plus puissant pour préserver et développer notre héritage matériel et immatériel.” Elles sont d’une importance capitale pour le déploiement identitaire, la communication et l’intégration sociale.  Peu de personnes s’accordent à dire le contraire. Pourtant, la globalisation menace certaines langues d’extinction. Pour attirer l’attention sur la nécessité de protéger les langues et celle de promouvoir la diversité linguistique, l’UNESCO proclame le 21 février comme ‘journée internationale de la langue maternelle’. On ne peut que saluer une telle initiative bien que le nom de cette journée sous-entende qu’une personne ne puisse avoir qu’une seule langue maternelle et exclut l’éventualité contraire. De plus, même si les idéaux prônant le multilinguisme sont louables et que l’O.N.U. fournit des lignes directrices, garantir l’usage de leur(s) langue(s) maternelle(s) aux citoyens d’un état et leur permettre d’accéder à différents services dans cette même langue ne se fait pas sans mal. En témoignent les défis qu’amènent les flux migratoires, la création d’organes supranationaux ou  celle d’un nouvel état, comme ce fût le cas pour la Belgique en 1830.

Langue officielle et traductions en Belgique

A l’époque de l’indépendance, la majorité de la population, vivant dans le nord du pays, parle le flamand. Le français est la langue de la bourgeoisie et de la noblesse. Le wallon, un dialecte proche du français, est parlé par les classes inférieures du sud et l’allemand par une petite minorité à l’est. Les fondateurs de l’État belge sont confrontés au multilinguisme de la population et à l’idéal démocratique hérité de la Révolution française. Une langue commune au sein d’une nation et d’un État fonctionnant dans cette langue, doit permettre aux citoyens de participer aux affaires publiques, de voter et de comprendre les textes officiels établis en leur nom. Les autorités décident de favoriser le français comme langue officielle de l’État, notamment en faisant de celui-ci la langue officielle des textes de lois.  Jusqu’en 1898, ces textes étaient accompagnés de traduction en flamand (et pendant quelques années en allemand).

Quatre modèles de politiques linguistiques

Ceci confirme le point de vue de Meylaerts selon lequel, dans un environnement multilingue, toute politique linguistique implique des choix en termes de traduction. D’après elle, les décisions concernant les traductions et les règles en résultant peuvent être regroupées en quatre modèles:

  1. le monolinguisme institutionnel total, qui aboutit à une langue nationale officielle et à l’absence de traduction par l’État;
  2. le monolinguisme institutionnel, accompagné de traductions temporaires ou occasionnelles;
  3. le multilinguisme institutionnel complet avec des traductions obligatoires vers les différentes langues impliquées;
  4. le monolinguisme local combiné au multilinguisme et aux traductions multidirectionnelles obligatoires.

Ce deuxième modèle permet aux citoyens de différentes langues d’un même pays de rester monolingues. La Belgique du XIXe siècle se situe entre le premier et le deuxième modèle, bien qu’à première vue, elle soit proche de l’institutionnalisme monolingue. Les autorités belges se sont par exemple vite préoccupées de l’accès des citoyens non francophones au droit en prévoyant des traductions.  De plus, les actes notariés peuvent être, dès le début, enregistrés en français, en flamand et en allemand dans tous les bureaux du pays. Même si la mise en pratique peut diverger du cadre légal, celui-ci témoigne du multilinguisme (occasionnel et imparfait) de l’État.

Territorialité linguistique et fédéralisme

La Belgique actuelle est quant à elle davantage caractérisée par le quatrième modèle. En optant pour le fédéralisme, la Belgique choisit un état multilingue, avec des Communautés unilingues et une Région (et communes) bilingue(s). Ce processus commencé depuis plusieurs décennies n’est toutefois pas encore abouti. En témoigne comme mentionné ci-dessus, la possibilité de dépôt d’actes dans l’une des langues nationales dans n’importe quel bureau de l’enregistrement. Le ministre N-VA Weyts veut d’ailleurs abolir cette possibilité car un tel système s’appuie sur des fonctionnaires plurilingues dans une région unilingue. Une autre illustration des lacunes de la législation linguistique en place est la nomination récente d’une juge francophone ne maitrisant pas le néerlandais à la tête de la cour d’appel, bilingue, de Bruxelles. Peut encore être mentionnée, la piètre qualité des traductions de certains documents administratifs, dossiers judiciaires ou même de panneaux de signalisation.

L’anglais, sésame de l’unité du pays ?

Après avoir démontré que la Belgique ne peut se scinder, Philippe van Parijs propose un modèle inédit  en réponse à ce système bancal et aux tensions qui perdurent entre les différents groupes linguistiques. D’après lui, la Belgique devrait être re-divisée en quatre Régions et l’anglais devrait jouer un rôle fondamental. L’anglais est la deuxième langue de la majorité des Belges et il est le plus souvent utilisé lors de la plupart des échanges entre personnes de communautés linguistiques différentes. De plus, bien que ‘neutre’, cette langue est à la croisée des langues romanes et germaniques. Avec son modèle, il démontre que la promotion d’une linga franca peut se combiner avec celle du multilinguisme. Même si un tel système permet une plus grande justice linguistique, il n’empêche pas d’encourager le plurilinguisme et l’apprentissage des autres langues. L’enseignement, en proposant des échanges de part et d’autre de la frontière linguistique, et les médias, en offrant davantage de contenu sous-titré plutôt que doublé, peuvent largement favoriser cet apprentissage.

La protection du multilinguisme et la promotion de la diversité linguistique dans notre pays ont encore du chemin à faire, d’un point de vue institutionnel, comme individuel.  Il semblerait que nous ayons du mal à non seulement institutionaliser cette diversité mais surtout à l’apprécier.

Toutefois, les locuteurs plurilingues le confirmeront: une fois la peur de commettre des fautes dépassée, la découverte d’une langue est généralement source de réjouissances.  En donnant accès à une autre culture, à des modes uniques de penser et d’expression, elle nous offre des manières singulières de décrire et de voir le monde. Elle nous permet, comme le sous-entend Wittgenstein, de repousser les limites de notre monde.

Marie Bourguignon est doctorante au Centre de droit public de Louvain (Leuven Centre for Public Law). Ses recherches concernent principalement les politiques de traductions juridiques et l’accès au droit des citoyens flamands  durant le 19ième siècle.


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